La presse, les autorités et le clergé s'épouvantèrent tous à l'annonce de la terrible nouvelle : des voleurs s'étaient emparés de La Minute de Silence. Depuis toujours, on utilisait la même Minute, conservée dans son reliquaire, qu'on ouvrait à chaque tragédie. Et voilà que des anarchistes, sans doute !, s'en étaient emparés. L'enquête remua tout le pays sans rien trouver. On tenta alors d'en fabriquer une nouvelle - mais en vain. Voilà pourquoi nous vivons dans l'ère du bruit.

Plus grand que Robert-Houdin, plus habile que Houdini, plus fort que Ballmeyer, l'illustre escamoteur N. accomplit le tour incroyable et posthume de s'échapper de son cercueil, ce dont on s'aperçu à son enterrement. Certains crièrent à l'escroquerie, d'autres au simple vol de cadavre. Le lendemain les fossoyeurs reçurent un télégramme antidaté les invitant à creuser la tombe voisine de la sienne, où ils trouvèrent sa dépouille; ses lèvres glaçaient un dernier et léger sourire.

J'ai dansé, j'ai bu, j'ai ri, menti, dit la vérité, embrassé et peut-être plus encore. Je suis rentré et me suis aperçu que j'ai perdu mes clefs. Les cambrioleurs, par chance, sont venus avant le serrurier, et j'ai pu rentrer chez moi plus vite que prévu. J'ai dormi, j'ai rêvé, j'ai cauchemardé, j'ai renversé mon réveil, conpissé le lit, ronflé. Mais quel plaisir, le matin, de faire passer mon mal de crâne, allongé, la fenêtre ouverte, l'air qui passe sur moi, la tête vide.

L'oreille de l'autruche.

Je n'écoute des chansons que dans des langues que je ne connais pas. Je ne peux m'empêcher de croire reconnaître des mots; à force je me dis qu'une vieille chanson soviétique parle de danseurs brésiliens ou qu'un fado décrit un musée consacré aux fourmis. Je sais pertinemment que je suis dans l'erreur, mais je ne cherche pas à me corriger, parce que la vérité, les quelques fois où je l'ai découvert, bien souvent malgré moi, m'a toujours déçu.

J'avançais dans la brume épaisse, sans rien y voir. Je ne savais pas même où je posais les pieds. Au bout de quelques minutes, je cessais d'avoir peur; je me contentais de marcher, les bras tendus devant moi, à la recherche d'un obstacle à contourner; si on avait pu me voir, je devais sans doute ressembler aux zombies des films en noir et blanc. Je continuais de la sorte quand, d'un coup, je sentis une main se saisir de la mienne et la serrer de toutes ses forces.

Le vampire me demanda avec une politesse exquise s'il pouvait planter un peu ses crocs dans mon poignet, le temps d'une petite ponction. Il avait l'air en piteux état et je décidais d'être charitable. Je l'ai laissé faire, mais en plein milieu, il s'est arrêté, retirant sa dentition de ma chair, pour bondir et claquer d'un coup sec ses deux mains élégantes, avant de les essuyer sur sa redingote mitée. "Fichus moustiques !", commenta-t-il. "Aucun savoir-vivre."

L'escalier étroit du métropolitain, à cet endroit, point de passage obligatoire de mes trajets, m'a permis d'accumuler un catalogue de chevelures, des palmiers, des queues de cheval, des boucles, des baguettes et des chignons, des nattes et des couettes, des crânes chauves, des dreadlocks, des turbans, toutes les couleurs et toutes les péroxydations. A force, j'en ai perdu le sens des visages, à inverser recto et verso; à fuir les yeux du regard pour me déporter sur les nuques.

Politique 

Politique 

Politique 

Politique 

"Vous êtes hanté par le spectre d'un exorciste", m'annonça, fier de son diagnostic, le spécialiste ès occultisme que j'étais venu consulter. Devant mon air stupéfait, il ajouta d'une grimace : "C'est embêtant parce qu'évidemment, on ne peut rien faire." Il semblait un peu contrarié; mais surtout de devoir présenter sa facture sans avoir pu régler mon problème. Le spectre ne représente pas un danger, mais il passe tout la nuit à crier en latin. Voilà pourquoi je dors mal.

Le jardin cultivait peu à peu son propriétaire; il l'avait reçu ignare et maladroit. L'éducation fut lente et douloureuse, mais à force, l'individu s'était familiarisé avec les édits du règne végétal; il ne l'abandonnait jamais sans revenir avec de nouvelles semences et de nouveaux outils. Le jardin, magnanime, suspendait son jugement quant à ce balourd. Avec le temps, il finit toutefois par trouver ses attentions pénibles; il rêvait d'être une jungle, mais il était trop tard.

[Haskell under the hood] - Optparse-Applicative's parser structure - hs.eraveline.eu/posts/optparse

Il écrivait un billet doux, mais comme il était extrêmement myope, il se trompa de destinataire; peut-être était-ce pour le mieux, car nos défauts physiques corrigent parfois nos erreurs de jugement. La personne qui reçut le message l'aima, quand celle pour qui il le croyait destiné l'aurait peut être rabroué; elle ne comprit pas qu'il y avait maldonne. Ils vécurent heureux - c'est une histoire qui finit bien - dans une erreur qui les avait fait tomber juste.

Lorsque les programmes en 12 étapes commencèrent à perdre de leur efficacité, on constata une inflation progressive des échelons de chaque méthode. C'est ainsi qu'aux âges se substituèrent des rites initiatiques qui ne prenaient jamais fin, car la pluie d'étapes supérieures battait ferme, promettant une progression infinie. Même les gourous eux-mêmes n'étaient plus au sommet de l'illumination; ils avaient toujours quelques pas de retards. C'est ainsi que les adultes disparurent.

Raveline boosted

S'il y a des gens qui font des maths dans le coin, faîtes vous connaître :-)

Raveline boosted

Une série de gastrite m'amenait à me demander dans quelle mesure mon existence toute entière n'était, non le rêve, ni la volonté, ni les divagations, mais bien plutôt la digestion naturelle d'une déité; et moins que rien, nous n'étions que sa flore et faune intestinale. Et comme nous cultivions alors des idées ma foi des plus sombres, nous devions flanquer à notre hôte, potentat quelconque des atomes, assoupi après son repas, de violentes brûlures d'estomac. Je me réveillais bactérie.

Show more
Aleph

Generalistic Mastodon instance for open-minded people. Instance Mastodon généraliste pour personnes ouvertes d'esprit.